Cette page présente une synthèse des principaux thèmes et idées abordés lors d'une émission coorganisée par la RPF et le SNEFCCA (Syndicat national des entreprises du froid, des équipements de cuisine professionnelle et du conditionnement de l'air) concernant l'application de la réglementation européenne F-Gas III, entrée en vigueur il y a environ un an. L'émission a réuni des professionnels du secteur pour discuter de l'urgence d'anticiper les nouvelles restrictions, des fluides frigorigènes à privilégier, des équipements concernés et de l'impact sur la maintenance.
La nouvelle réglementation F-Gaz III introduit des changements significatifs qui engendrent à la fois des défis majeurs et des opportunités pour le secteur du froid et de la climatisation.
Les défis qu'il faudra surmontés !
1. Accélération de la sortie des HFC (Hydrofluorocarbures) :
Alors que la précédente version prévoyait une disparition progressive des HFC, la F-Gaz III accélère considérablement ce calendrier, rendant la transition plus abrupte. Cette accélération est d'autant plus complexe que les quotas ont été fortement réduits et que davantage d'acteurs doivent se les partager, limitant encore plus la disponibilité des fluides frigorigènes traditionnels.
2. Anticipation des échéances critiques :
Les professionnels doivent se préparer urgemment aux échéances de 2027 et 2030, qui impliquent des interdictions de maintenance et de mise sur le marché plus strictes. Il est crucial d'anticiper ces changements pour éviter de se retrouver en difficulté.
3. Tensions sur l'approvisionnement :
Des tensions sur l'approvisionnement en fluides frigorigènes sont déjà perceptibles. Des problèmes de communication passés entre distributeurs et installateurs concernant les quotas ont pu créer un climat de méfiance. Il est essentiel de rétablir la confiance et de bien comprendre que les quotas concernent les producteurs et distributeurs, et non directement les frigoristes.
Le R134a, le R448A, le R449A et surtout le R410A sont particulièrement visés par la réglementation. Pour le R410A, qui représente encore une part importante du marché (notamment dans les VRV), les solutions de substitution ne sont pas encore pleinement disponibles.
4. Difficultés de rétrofit et maintenance du parc existant :
Il n'existe pas toujours de solutions de rétrofit simples pour remplacer les fluides à fort PRP dans les installations existantes. Le remplacement d'un fluide non inflammable (A1) par un fluide légèrement inflammable (A2L) nécessite une requalification de l'installation, ce qui implique des coûts et des procédures plus complexes. De plus, certaines pratiques passées, comme le mélange de fluides lors des appoints, sont à proscrire.
5. Obstacles réglementaires pour les fluides inflammables :
L'utilisation de fluides inflammables ou légèrement inflammables (A2L) dans certains types de bâtiments comme les immeubles de grande hauteur (IGH) et les établissements recevant du public (ERP) se heurte à des obstacles réglementaires, bien que des exceptions soient envisagées.
6. Manque de compétences pour les fluides naturels :
La transition vers les fluides naturels comme le CO2 ou le propane nécessite de nouvelles compétences techniques et une maîtrise des risques spécifiques (hautes pressions, inflammabilité) que toutes les entreprises, en particulier les plus petites, n'ont pas encore acquises.
7. Risques liés aux fluides illégaux :
Un afflux de fluides frigorigènes illégaux et potentiellement dangereux sur le marché représente un défi majeur en termes de concurrence déloyale, de sécurité des installations et de risque d'accidents. La lutte contre ce marché parallèle est essentielle pour le succès de la F-Gaz III.

8. Gestion des déchets et récupération des fluides :
Le taux de récupération des fluides usagés, notamment dans le secteur de la climatisation et des pompes à chaleur, est insuffisant. Améliorer la collecte sélective et la régénération des fluides est crucial pour préserver les ressources et respecter la réglementation.
9. Requalification des installations pour les HFO :
Le passage à des HFO (Hydrooléfines) dans les installations existantes nécessite une requalification en lien avec la Directive Équipements Sous Pression (DESP) et potentiellement le remplacement de certains composants de sécurité.
10. Adaptation des certifications professionnelles :
Les certificats d'aptitude actuels vont évoluer pour inclure les fluides naturels et auront une durée de validité limitée à 7 ans, nécessitant des recyclages réguliers pour un grand nombre de professionnels. Le référentiel exact pour ces nouvelles certifications est encore en cours d'élaboration.
11. Calcul de charge pour la sécurité :
Le calcul précis de la charge maximale de fluide frigorigène, en tenant compte de sa toxicité et de son inflammabilité, devient une obligation pour garantir la sécurité des installations, nécessitant l'utilisation d'outils spécifiques.
Principales
Opportunités et perspectives.
1. Innovation et développement de solutions durables :
La réglementation encourage l'innovation et le développement de technologies et de fluides frigorigènes à faible PRP, plus respectueux de l'environnement et moins consommateurs d'énergie.
2. Avantage concurrentiel pour les entreprises proactives :
Les entreprises qui anticipent la réglementation et investissent dans les solutions alternatives (fluides naturels, HFO, requalification) peuvent acquérir un avantage concurrentiel en proposant des offres conformes et pérennes à leurs clients.
3. Développement de l'expertise et de la qualité des services :
La complexité croissante des fluides et des installations renforce le rôle de l'expertise des frigoristes. La nécessité d'effectuer des requalifications, des analyses de risques et de maîtriser de nouvelles technologies valorise le savoir-faire des professionnels qualifiés.
4. Nouveaux marchés et services :
La transition vers de nouveaux fluides et technologies ouvre des marchés pour la formation, la maintenance spécifique (notamment pour les fluides naturels), la détection de fuites renforcée et la requalification des installations.
5. Partenariats renforcés dans la filière :
La nécessité d'une gestion efficace des fluides, de leur récupération à leur régénération, favorise le développement de partenariats plus étroits entre les installateurs, les distributeurs et les producteurs.
6. Valorisation de l'efficacité énergétique :
Au-delà du PRP des fluides, la réglementation indirectement met en avant l'importance de l'efficacité énergétique des installations, permettant aux clients de réaliser des économies sur leurs coûts d'exploitation à long terme.
Conclusion et Recommandations :
L'application de la F-Gas III représente un défi majeur pour le secteur du froid et de la climatisation, nécessitant une anticipation et une adaptation rapides de la part de tous les acteurs. Les principales recommandations issues de cette discussion sont :
- Anticiper les échéances de 2027 et 2030 en informant les clients et en planifiant les transitions.
- Privilégier les solutions à bas GWP (inférieur à 150) pour les nouvelles installations.
- Renforcer les pratiques de confinement et optimiser la récupération et la régénération des fluides existants.
- Se former aux nouvelles technologies et réglementations, notamment concernant les fluides naturels et légèrement inflammables.
- Être vigilant face au marché des fluides illégaux et privilégier les circuits d'approvisionnement légaux.
- Ne plus installer d'équipements neufs avec des fluides à fort PRP dont l'utilisation sera bientôt restreinte.
- Accompagner les clients dans l'évaluation des solutions alternatives, en tenant compte de l'efficacité énergétique et du coût d'exploitation.




